📷 Saturn during Equinox — Cassini — Credit : NASA/JPL/ESA
Ramener un morceau de comète sur Terre, intact, depuis les confins du système solaire. C’est exactement ce que la JAXA, l’agence spatiale japonaise, est en train de planifier sérieusement.
Le Japon, champion discret de l’exploration des petits corps
Avant de parler de l’avenir, un peu de contexte s’impose. La JAXA a une relation particulière avec les astéroïdes. Hayabusa, en 2010, a été la première sonde de l’histoire à rapporter des échantillons d’un astéroïde sur Terre, malgré une série de pannes à faire blanchir les cheveux des ingénieurs. Puis Hayabusa2 a récidivé en 2020, cette fois avec brio, en ramenant des matériaux de l’astéroïde Ryugu, des échantillons qui font encore aujourd’hui l’objet de publications scientifiques majeures. Bref, le Japon maîtrise cet art comme personne.
La prochaine étape dans le pipeline, c’est MMX, la mission d’exploration des lunes de Mars, Phobos et Deimos. Elle est déjà en développement. Mais après ça, la JAXA vise beaucoup plus haut dans l’échelle de difficulté. Et de scientificité.
NGSR : la mission qui fait saliver les planétologues
Le projet s’appelle NGSR, pour Next Generation Small-Body Return, soit littéralement le retour de la prochaine génération de petits corps. Présenté récemment lors de la Lunar and Planetary Science Conference Universe Today, ce programme a une ambition claire : aller chercher des échantillons d’une comète et les ramener en bon état sur notre planète.
Pourquoi une comète plutôt qu’un astéroïde ? La réponse tient en un mot : pristine. Les comètes sont des reliques quasi intactes de la formation du système solaire, il y a 4,6 milliards d’années. Elles ont passé la majorité de leur existence dans les régions les plus froides et les plus éloignées du système solaire, la ceinture de Kuiper ou le nuage d’Oort, loin des processus géologiques et de la chaleur solaire qui ont modifié la plupart des autres corps. Ce sont des capsules temporelles naturelles, préservées comme sous vide cosmique.
Les astéroïdes, aussi précieux soient-ils, ont souvent subi des transformations thermiques, des collisions, des irradiations répétées. Une comète, c’est une autre catégorie. Potentiellement, on y trouverait de la matière organique complexe, des glaces primitives, peut-être des molécules précurseurs de la vie. Voilà pourquoi la communauté scientifique retient son souffle.
Un défi technique sans précédent
Accrochez-vous, parce que la difficulté technique est à la hauteur de l’ambition. Contrairement à un astéroïde, une comète est active. Elle libère des gaz et des poussières quand elle s’approche du Soleil, créant une chevelure et une queue qui compliquent toute tentative d’approche ou d’atterrissage. La surface est probablement très faible densité, poreuse, friable. Difficile de prédire ce que va rencontrer un engin d’atterrissage ou un système de prélèvement.
La mission Rosetta de l’ESA, qui a orbité autour de la comète Tchouri entre 2014 et 2016 avec son atterrisseur Philae, nous a appris à quel point ces objets sont imprévisibles. Philae a rebondi deux fois avant de se retrouver coincé à l’ombre d’une falaise. Résultat : des données partielles et des ingénieurs aux nerfs en pelote. La JAXA a sûrement retenu toutes ces leçons.
Et la surprise, c’est que la JAXA envisage cette mission non pas comme une simple répétition d’Hayabusa2 en plus compliqué, mais comme une véritable nouvelle génération technologique. Nouvelles techniques de prélèvement, nouvelle stratégie d’approche, probablement un profil de mission beaucoup plus long et complexe. Les détails restent encore flous, mais l’orientation est claire.
Ce qu’il faut surveiller
Pour l’instant, NGSR en est encore à la phase de définition conceptuelle. Aucune date de lancement n’est confirmée, aucune comète cible n’a été officiellement désignée. La sélection de la cible sera elle-même un travail scientifique considérable : il faut une comète accessible, pas trop active, sur une trajectoire favorable. Pas si simple à dénicher dans le catalogue.
Ce qui est certain, c’est que si la JAXA réussit, ce serait une révolution. Analyser en laboratoire des matériaux cométaires non contaminés par l’atmosphère terrestre, c’est la promesse de répondre à certaines des questions les plus fondamentales de la planétologie : d’où vient l’eau des océans terrestres ? Les comètes ont-elles apporté les briques chimiques de la vie sur Terre ? Ces questions restent ouvertes depuis des décennies.
Mon avis personnel : la JAXA a prouvé par deux fois qu’elle savait transformer des projets fous en réussites concrètes. Je ne parierais pas contre eux. La prochaine décennie s’annonce fascinante pour quiconque regarde le ciel avec curiosité.
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📡 Source originale : Universe Today



